Un chef d’oeuvre nihiliste longtemps oublié et qu’on peut redécouvrir aujourd’hui comme le véritable monument cinématographique qu’il est

Sorcerer (1977)

(Le convoi de la peur)

Réalisé par William Friedkin

Ecrit par Walon Green d’après le roman de Georges Arnaud

Avec Roy Scheider, Bruno Cremer, Francisco Rabal, Amidou,…

Directeur de la photographie : Dick Bush et John M. Stephens / Montage : Bud S. Smith et Robert K. Lambert / Direction artistique : Roy Walker / Musique : Tangerine Dream

Produit par Film Properties International N.V., Paramount Pictures et Universal Pictures

Thriller / aventures

121mn

USA

 

Quatre personnages. Un tueur à gage, un terroriste palestinien, un homme d’affaires français qui a détourné des fonds et un chauffeur pour la mafia irlandaise. Ces trois fugitifs et cet assassin se retrouvent dans la jungle dominicaine à conduire deux camions chargés d’explosifs.

Les quatre personnages principaux de « Sorcerer » sont des fugitifs qui nous sont présentés à travers quatre séquences distinctes avant qu’ils se retrouvent tous dans un village paumé de la république dominicaine. Quatre personnages peu sympathiques qui vont devoir travailler ensemble pour mener la mission la plus dangereuse de leur vie : traverser la jungle avec deux camions chargés d’explosifs.

Le réalisateur William Friedkin filme la réalité impitoyable d’une dictature, la pauvreté, la saleté et la mort au quotidien qui rongent ce pays tiers mondiste. Les images suintent d’humidité permanente.

Après les énormes succès de « French Connection » (1971) et « The Exorcist » (1973), William Friedkin est l’un des cinéastes américains les plus en vue. Il prend son temps pour trouver un nouveau projet. Fan du « Salaire de la peur » (1953) de HG Clouzot, il décide d’en faire un remake à sa sauce. Il attaque le projet en y ajoutant une approche hyper réaliste et jusqu’au boutiste (n’oublions pas que Friedkin s’est formé au documentaire).

C’est d’ailleurs à l’époque où il signait des documentaires qu’il a travaillé avec Walon Green. Il chargea ce dernier d’écrire l’adaptation du roman (très libre) du roman de Georges Arnaud. Notons que Green n’était pas pour autant un débutant en scénario de fiction ayant co-signé « The Wild Bunch » de Sam Peckinpah.

Grâce à son aura de réalisateur à succès, Friedkin convainc Universal avec qui il était en contrat de se lancer dans le projet. Mais devant le coût pharaonique d’un tel film réalisé en décors naturels (coût estimé entre 12 et 15 millions de dollars), Universal prend contact avec la Paramount pour monter une co-production. C’est le boss de Paramount, Charlie Bluhdorn, qui est alors propriétaire de plusieurs affaires en République Dominicaine, qui donne la possibilité à Friedkin d’aller tourner là bas.

Au début du projet, le film affiche trois stars au générique : Steve McQueen, Marcello Mastroianni et Lino Ventura. Mais McQueen voudra placer sa femme Ali MacGraw sur le film et Friedkin refuse. Mastrionanni lui dut renoncer face au refus de Catherien Deneuve de le voir partir pendant de longs mois à l’autre bout du monde (opposition compréhensible vu qu’ils venaient juste d’avoir une fille ensemble, Chiara). Enfin, Lino Ventura refuse pour ne pas se retrouver second rôle derrière Roy Scheider choisi pour remplacer McQueen ! Le seul acteur du casting original à être toujours de la partie est Amadou (qui joue le terroriste palestinien) et que Friendkin avait repéré dans un film de Claude Lelouch !

« Sorcerer » est tourné intégralement en décors naturels durant dix mois, en bonne partie dans la jungle dominicaine. Difficile de ne pas penser aux projets pharaoniques d’Herzog avec « Aguire » et de l’autre géant des réalisateurs du Nouvel Hollywood, Francis Ford Coppola qui va lui également se perdre dans la jungle avec « Apocalypse Now ».

Sur ce projet, Friedkin bosse avec le direteur de la photographie Dick Bush (qui avait travaillé avec Ken Russell sur « Malher » et « Tommy ») qu’il remplace ensuite par John M. Stephens car Bush ne s’adapte pas au travail en décors naturels en pleine jungle. Il travaille également avec Roy Walker, le directeur artistique anglais de « Barry Lyndon » (1975) et « Ryan’s Daughter » (1970) et le groupe allemand de musique électronique Tangerine Dream. Et il faut bien avouer que le tout marche somptueusement bien ensemble. « Sorcerer » ne souffre pas de fautes de goût ou d’erreur de casting (que ce soit devant ou derrière la caméra).

Sorti un mois après « Star Wars », « Sorcerer » fait un bide monumental aux Etats-Unis, et sera distribué à l’international sous le titre de « The Wages of Fear » (titre anglais du « Salaire de la peur ») et en France sous le titre du « Convoi de la peur ».

« Sorcerer » a été victime de son titre pour le moins énigmatique, de son absence de stars bankable au générique (si on excepte Roy Scheider qui sortait tout juste de « Jaws » et de « Marathon Man ») mais surtout de son jusqu’au boutisme et de sa noirceur qui ne correspondait plus aux goûts du public.

Aujourd’hui, avec une si belle édition (merci La Rabbia qui nous a notamment déjà gâté avec un autre film perdu « Wake in Fright« ), il serait vraiment dommage de passer à côté de « Sorcerer ».

Coffret DVD/Blu-ray FR. Studio La Rabbia (2015). Version originale sous-titrée en français et version française. Bonus : Sorcerers » : un entretien entre William Friedkin et Nicolas Winding Refn (74′), « Métaphysique de la peur » : Philippe Rouyer à propos de Sorcerer (25′), William Friedkin sur le tournage de Sorcerer : document d’archives (6′), Bande-annonce française, Bande-annonce originale, Galerie des projets d’affiches