Chef d’oeuvre méconnu de John Huston, un film noir original constitué essentiellement de séances de psy ! L’avant dernier rôle du grand Montgomery Clift

Freud (1962)

(Freud, passions secrètes)

Réalisé par John Huston

Ecrit par Charles Kaufman et Wolfgang Reinhardt

Avec Montgomery Clift, Susannah York, Larry Parks, Susan Kohner, David McCallum, Eric Portman, Fernand Ledoux, …

Directeur de la photographie : Douglas Slocombe / Direction artistique : Stephen B. Grimes / Montage : Ralph Kemplen / Musique : Jerry Goldsmith

Produit par Wolfgang Reinhardt

Drame / Film noir

USA

« À Vienne, en 1885, les recherches de Freud (Montgomery Clift) sur l’inconscient de ses malades et le sien l’amènent à ses principales découvertes et à un scandale qui ébranlera toute la médecine viennoise… »

Difficile à croire aujourd’hui, mais le succès de « Freud » racheta aux yeux des studios le précédent bide de John Huston « The Misfits » (Les Desaxés, 1961). Mais aujourd’hui si ce dernier est devenu culte, aussi bien par ses défauts et qualités, comme un oeuvre imparfaite mais incandescente, « Freud » est pour sa part largement oublié.

« Freud » relève d’un sacré pari. Loin d’être une biographie (dans le sens hollywoodien du terme), et encore moins une romance (comme pourrait le faire craindre le titre français), le scénario se concentre sur le combat intellectuel de Freud contre les autres, mais aussi contre lui-même afin de prouver ses théories sur la sexualité.

Le film nous présente une interprétation de ses séances fondatrices, de sa collaboration avec Josef Breuer (Larry Parks) avec qui il va écrire  » Études sur l’hystérie  » (1895) ou de son conflit avec Theodor Hermann Meynert (Eric Portman). Je ne saurais dire à quel point le scénario est fidèle à la vérité, mais quel tour de force !

La première version du scénario était due à Jean-Paul Sartre. Houston a gardé la trame choisie par Sartre (qui s’intéresse au cheminement intellectuel par lequel Freud a découvert et théorisé le complexe d’oedipe) mais a fait réécrire le scénario par Charles Kaufman avant de s’y pencher lui-même avec l’aide de son producteur Wolfgang Reinhardt.

Avec « Freud », John Huston réussit l’exploit de faire un film noir dont la colonne vertébrale repose sur une série de séances psychiatriques ! Alors évidemment, voici un film très bavard (et qui demande pas mal de concentration de la part du spectateur), mais John Houston s’y connaît en construction du suspense et en maîtrise visuelle. Bref, il sait faire de bons films même avec un matériel improbable. Aidé par le génial directeur de la photographie Douglas Slocombe, il livre un film d’un noir profond, à l’image de l’inconscient. Les scènes de rêve sont notamment particulièrement réussies.

Niveau casting, il faut bien entendu noter la prestation de Montgomery Clift ici dans son avant dernier rôle. Il était très malade, et comme dans « Misfits » tourné l’année auparavant, la douleur transparaît dans son regard. Il livre un Freud torturé jusqu’aux tréfonds de son âme. On retrouve à ses côtés, dans le rôle de la patiente suivie par Cecily Koertner (un rôle à l’origine pensé pour Marilyn Monroe), l’actrice bitannique Susannah York révélée dans « Tunes of Glory » (1960) et « The Greengage Summer » (1961). A leurs côté, le casting est indiscutablement brillant :  Larry Parks, Eric Portman, Susan Kohner (qui interprète la femme de Freud et qui livre ici son dernier rôle au cinéma), sans oublier un tout jeune David McCallum (dans le rôle d’un jeune patient qui rêve de tuer son père).

Rimini Editions nous permet de redécouvrir ce chef d’oeuvre dans de bonnes conditions avec une copie (DVD seulement) mais bien restaurée. L’éditeur propose en outre deux bonus intéressants.

DVD zone 2 FR. Studio Rimini Editions (2017). Version originale sous-titrée en français et version française. Bonus : « Freud, le film oublié » (22′), « Freud, secrets d’adaptation », par Marie-Laure Susini, psychanaliste et écrivain (12′)

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