James Caan est au sommet dans ce chef d’oeuvre oublié des années 70 signé par James Toback (au scénario) et Karel Reisz (à la réalisation)

The Gambler (1974)

(Le flambeur)

Réalisé par Karel Reisz

Ecrit par James Toback

Avec James Caan, Paul Sorvino, Lauren Hutton, Morris Carnovsky,…

Directeur de la photographie : Victor J. Kemper / Production design : Philip Rosenberg / Montage : Roger Spottiswoode / Musique : Jerry Fielding

Produit par Robert Chartoff et Irwin Winkler

Drame / Crime

USA

Le flambeur (affiche)Axel Freed (James Caan) est professeur d’anglais à l’université le jour. Mais dans son temps libre, il fréquente les tripots et les bookmakers. Il aime miser sa paie modeste de professeur, voire beaucoup plus. Mais quand il perd un soir la somme de 44.000 dollars, le sol semble sur le point de se dérober sous ses pieds. Toujours nonchalant en présence de son bookie Hips (Paul Sorvino), Feed se retrouve obligé d’emprunter de l’argent à sa mère (Jacqueline Brookes), docteur dans un hôpital public. Mais le démon du jeu ne le lâche pas et il s’empresse de remettre la somme en jeu lors d’une virée à Las Vegas avec sa petite amie Billie (Lauren Hutton).

James Caan n’a pas vraiment le physique d’un professeur new yorkais à la Woody Allen. Mais ça ne veut pas dire qu’il est moins perturbé. Il interprète ici Axel Freed, un personnage qui a besoin de se mettre en danger pour vivre, cachant mal des envies suicidaires. Un père mort (on n’en sait pas plus), un grand-père tyrannique qui a fait fortune dans la vente de meubles… Quand ce dernier rencontre Billie, il décide que ce n’est pas une femme d’intellectuel faite pour Axel. Bref il doit rompre. Ce jugement sec poussera Axel à se réfugier à  nouveau auprès de ses démons.

Axel a besoin de croire que 2 plus 2 font 5, que sa volonté peut avoir un impact sur les événements. Croire qu’il va gagner doit lui permettre de gagner. Même s’il sait au fond de lui que comme tout bon flambeur, il ne cherche pas la victoire mais la perte.

« The Gambler » est un film implacable sur un homme qui cherche à s’autodétruire. Il le fait étonnamment sans sombrer dans la violence à part sur une séquence où l’homme de main d’un prêteur sur gage lui montre ce qui pourrait lui arriver s’il ne rembourse pas son prêt (on n’est pas dans un film à la Scorcese). On reste longtemps hanté par la grimace nonchalante d’Axel, l’ironie glaçante qui se dégage du film. Après tout, rien ne justifie le comportement d’Axel aux yeux du spectateur. Pourquoi tant de haine contre lui-même et cette incapacité à accepter de l’aide (il fait tout pour gâcher la main tendue par sa mère) ?

« The Gambler » est le premier scénario de James Toback qui parle ici d’un sujet qui connait bien, étant lui même professeur d’anglais et surtout un joueur compulsif. Le succès de ce premier scénario lui donnera ensuite l’opportunité de mettre en images ses scénarios suivants à partir de « Fingers » (1978).

La réalisation est assurée par Karel Reisz, un britannique d’orgine tchécoslovaque qui a participé à la nouvelle vague du cinéma britannique avec ses courts métrages (appartenant au cycle du free cinema) et un brillant premier film « Saturday Night and Sunday Morning » (1960). Il signe en 1981 l’un de ses films les plus connus « The French Lieutenant’s Woman » avec Meryl Streep et Jeremy Irons. Dans ses meilleurs oeuvres (il a tourné seulement neuf longs), Reisz apporte beaucoup de soin à ses personnages.

James Caan, qui a triomphé deux ans auparavant sur grand écran grâce à sa prestation remarquée dans « The Godfather » (1972), trouve ici un très beau rôle, à sa hauteur. Pourtant il n’était pas le premier choix pour « The Gambler ». Toback voulait Robert De Niro pour le rôle et l’avait approché en ce sens. Caan a été recruté à l’insistance de Reisz – et c’est tant mieux !

Caan est entouré ici par la mannequin et actrice Lauren Hutton (on se souvient d’elle notamment dans « American Gigolo » en 1980) et des seconds rôles dont vous avez déjà croisé la tronche : Paul Sorvino, Antonio Fargas,… Sans oublier James Woods dans l’un de ses premiers rôles.

« The Gambler » est un chef d’oeuvre du cinéma américain des années 70 qu’on a un peu vite oublié. Le film est ressorti dans les salles françaises en juin 2019, espérons qu’une sortie DVD/blu-ray suivra.

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