Le deuxième film de John Boorman est un film noir destructuré et nettoyé jusqu’à l’os qui annonce l’arrivée d’un nouveau cinéma à Hollywood. Lee Marvin est extraordinaire. Mythique !

Le point de non retour 1967

Point Blank (1967)

(Le point de non-retour)

Réalisé par John Boorman

Ecrit par Alexander Jacobs, David Newhouse et Rafe Newhouse d’après le roman de Richard Stark (Donald E. Westlake)

Avec Lee Marvin, John Vernon, Angie Dickinson, Keenan Wynn, Sharon Acker,…

Direction de la photographie : Philip H. Lathrop / Direction artistique : Albert Brenner et George W. Davis / Montage : Henry Berman / Musique : Johnny Mandel

Produit par Robert Chartoff et Judd Bernard

Crime / Thriller

USA

Suite à un vol dans les murs désaffectés de la prison d’Alcatraz, Walker (Lee Marvin) est laissé pour mort par son ami et complice Mal (John Vernon) qui part avec son argent et… sa femme. 

Le point de non retour (1967) afficheAlors que le générique commence, on voit Walker (Lee Marvin) s’effondrer alors qu’on entend deux coups de feu. « Une cellule ? Une cellule de prison ? Qu’est-ce que je fais ici ? »

Flashback sur une soirée arrosée où Mal (John Vernon) suit Walker dans la foule, et le fait tomber. Il doit lui parler, c’est urgent, il a besoin de son aide. Puis on voit Walker, Mal et la femme de Walker Lynne (Sharon Acker) faire le tour de la prison désaffectée d’Alactraz. En voix off Mal explique son plan. Un gros dépôt d’argent va avoir lieu. Il suffit de le prendre. La nuit arrive, deux hommes arrivent, récupèrent un sac. Mal tue les hommes, provoquant la fureur de Walker. Pour Mal, ils ont gagné. Pour Walker, ils sont foutus. Walker veut tout laisser tomber, mais Mail lui tire dessus et s’enfuit avec l’argent et sa femme.

Mais Walker n’est pas mort. Il arrive à sortir de la prison, et se glisse dans l’eau.

On retrouve Walker un an plus tard sur le bateau pour touristes qui fait le tour d’Alcatraz. Il est abordé par un homme qui semble savoir ce qu’il s’est passé. Walker pense que c’est un flic. L’homme ne nie pas et lui dit qu’il peut lui donner l’adresse à laquelle il pourra trouver Mal et Lynne.

Walker se lance alors à la poursuite de son ancien complice pour récupérer sa part de butin.

« Point Blank » est le deuxième film du britannique John Boorman après la comédie musicale « Catch us if you can » (1965), véhicule pour le groupe pop The Dave Clark Five, mais aussi également après une formation assez intensive à la télévision britannique dans le documentaire et la fiction entre 1961 et 64.

Si « Catch Us if you can » va lui ouvir les portes d’Hollywood grâce à de belles critiques (notamment celle de la redoutée Pauline Kael), c’est en tout cas avec ce premier film réalisé aux Etats-Unis qu’il va se faire un nom. On a dit que « Point Blank »  a annoncé le nouvel Hollywood qui va prendre son envol dans les années 70. On retrouve l’influence du cinéma européen, mais aussi des traces de « The Ipcress Files » (1964) dans ses audaces stylistiques. Quand c’est aplliqué dans le cadre d’un cinéma hollywoodien commercial, c’est toujours surprenant.

La liberté de Boorman aurait largement été du fait de sa bonne entente avec Lee Marvin. La première fois qu’ils se sont rencontrés à Londres pour parler du projet, ils ont décidé d’un commun accord que si le script qu’on leur avait fourni était horrible, les personnages avaient du potentiel. Exit donc le scénario. Celui-ci sera retravaillé de fond en comble avant et même pendant les répétitions et le tournage, avec des contributions directes des acteurs.

Lee Marvin va également céder son droit contractuel sur le script, le casting et le final cut à Boorman. Pour une première expérience à Hollywood, Boorman a ainsi bénéficié de conditions pour le moins exceptionnelles.

Et l’audace se voit à l’écran. Les flashbacks et certaines coupes abruptes et courts retours en arrière nous déstabilisent et nous font douter de l’état mental de Walker, les dialogues sont minimalistes, les couleurs aveuglantes, et les événements semblent pilotés à distance par cet étrange personnage du « policier » qui fournit toutes les informations nécessaires à Walker pour qu’il puisse éliminer l’organisation … « Point Blank » a des allures de rêve, et on peut se demander si Walker est bien sorti vivant d’Alcatraz. « Point Blank » pose bien plus de questions qu’il ne donne de réponses. Et la quête obsessionnelle de Walker, qui n’est plus que l’ombre d’un être humain, finit par nous glacer le sang.

Notons que le personnage de Walker (ou plutôt Parker) a été créé par le grand romancier américain Donald E. Westlake sous le pseudonyme de Richard Stark (24 romans en tout). Il a été porté au cinéma plusieurs fois notamment de façon très libre par Godard en 1963 (Made in Usa) mais également six ans plus tard par John Flynn dans le très bon, mais quand même moins réussi « The Outfit » (1973), ou encore en 1994 dans « Payback » de Brian Helgeland et avec Mel Gibson.

Etrangement, au 1er juin 2018, ce classique ne bénéficie pas encore d’édition française digne de ce nom… Il y a bien un DVD Warner, mais celui-ci date un peu. A quand a minima une édition blu-ray (comme aux Etats-Unis depuis 2014) ?

 

 

 

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