Un film d’horreur violent et pessimiste sur les relations hommes/femmes. Très réussi en dépit de quelques lourdeurs et maladresses

La novia ensangrentada (1972)

(La mariée sanglante)

Réalisé par Vincente Aranda

Ecrit par Vincente Aranda sur une histoire de Matthew Lewis inspirée du roman « Carmila » de Sheridan Le Fanu

Avec Simon Andreu, Maribel Martín, Alexandra Bastedo, Rosa Rodríguez,…

Direction de la photographie : Fernando Arribas / Assistant réalisateur : Carlos Duràn / Monteur : Pablo G. Del Amo / Musique : Antonio Pérez Olea

Produit par Jaime Fernandez-Cid

Horreur

Espagne

Susan (Maribel Martín) vient d’épouser un aristocrate plus agé (Simon Andreu). Mais dès leur première halte dans un hôtel en revenant du mariage, elle a un cauchemar où elle est étranglée et violée par un inconnu. Arrivée au château de son mari, Susan, encore vierge, fait pour la première fois l’amour. Son mari se montre violent et insatiable, et rapidement Susan le rejette. La fille des domestiques, la toute jeune Carol (Rosa Rodríguez), impassible et silencieuse, est témoin de la déliquescence de leur couple. Au château et dans le parc, Susan aperçoit la silhouette d’une femme en habit de mariée. S’étonnant auprès de Carol que les portraits de femmes de la famille soient absents des murs du château, Susan apprend l’histoire de Carmilla, la femme d’un aïeul de son mari et qui aurait sauvagement assassiné son époux le jour de la nuit de noces.

Ce n’est bien entendu pas le premier film à s’inspirer de « Carmilla », roman gohtique de l’écrivain irlandais Joseph Sheridan Le Fanu publié en 1872. Généralement ce sont des adaptations très libres qui reprennent juste le personnage créé par le Fanu, la Comtesse Mircalla Karnstein, femme vampire aussi belle que cruelle et par ailleurs homosexuelle. La Hammer vient tout juste de consacrer une triologie inspirée du personnage « The Vampire Lovers » (1970), « Lust for a Vampire » (1971) et « Twins of Evil » (1971).

Dans « La novia ensangrentada », le personnage est utilisé de façon très libre dans un contexte contemporain. Carmilla devient le symbole d’une sexualité féminine trouble et violentée par des hommes qui se comportent en prédateurs. Dans son dernier tiers, le film bascule vers un revenge movie sanglant.

« La novia ensangrentada » propose une lecture pessimiste de la relation traditionnelle entre hommes et femmes, où l’homme traite la femme comme un objet, une possession, un animal qu’il doit dresser. Susan ne fait que se révolter contre son mari – une carricature du mâle latin -, comme avant elle Carmilla. Un refus qui dans une société paternaliste ne peut conduire qu’à la rupture (par quelque moyen que ce soit) ou à la soumission.

Le résutlat n’est pas toujours convaincant sur le plan psychologique (et les appels un peu lourds à Platon ou Jung notamment n’y changent rien en ce qui me concerne). Autre souci, le personnage du docteur n’est pas très bien utilisé et semble surtout ici comme instrument narratif un peu articiel (et j’ai du mal à comprendre pourquoi il se met à surveiller Susan la nuit). Il y a aussi un moment surréaliste assez étonnant quand le mari rencontre Carmilla, enselevelie sous le sable, nue, avec juste un tuba et un casque. J’aime bien cette scène mais elle est en opposition avec le ton global du film – par ailleurs dépourvu de second degré.

Le réalisateur et scénariste barcelonais Vincente Aranda a commencé sa carrière avec le drame « Brillante porvenir » en 1965 mais il aborde le cinéma de genre dès son second film « Fata/Morgana » l’année suivante. Et son troisième film « Las Crueles » (1969) est un thriller où les femmes jouent déjà un rôle inquiétant.

Bien qu’agée à l’époque de 18 ans, l’actrice madrilène Maribel Martín était déjà une habituée du grand écran, ayant commencé sa carrière d’actrice onze ans plus tôt. Dans le rôle de Carmilla, nous avons une actrice anglaise Alexandra Bastedo qui a fait l’essentiel de sa carrière dans des petits rôles pour la télévision et le cinéma anglais de 1963 à 2008. Troisième élément féminin du film, la jeune Rosa Rodriguez n’a joué que dans un autre film, tourné la même année, le thriller « Il coltello di ghiaccio ». Enfin dans le rôle du mari, nous retrouvons un visage connu du cinéma espagnol et interntaionnal, Simón Andreu.

En France on a la chance d’avoir à notre disposition une édition DVD de « La novia ensangrentada » grâce à l’éditeur Artus Films.

Zone 2. Studio Artus  Films  (2012). Version originale sous-titrée en français et version française. 

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