Un film aussi atypique que remarquable sur la mafia où une jeune adolescente (sublime Ornella Muti) tient tête à l’organisation criminelle, seule contre tous

La moglie più bella (1970)

(Seule contre la mafia)

Réalisé par Damiano Damiani

Ecrit par Damiano Damiani, Enrico Ribulsi et Sofia Scandurra

Avec Ornella Muti, Alessio Orano, Tano Cimarosa, Joe Sentieri, Enzo Andronico,…

Direction de la photographie : Franco Di Giacomo / Production design : Umberto Turco / Montage : Antonio Siciliano / Musique : Ennio Morricone

Crime / Drame

108mn

Italie

Dans les films sur la mafia, on reste souvent sur un univers très masculin où les figures féminines, quelles soient victimes ou soutiens plus ou moins passives (épouses, mères,..), ont un rôle secondaire, en retrait. Ce qui rend d’autant plus remarquable ce « La moglie più bella » où une adolescente de quinze ans, va tenir tête à la violence de mafia, l’inaction de la police, la condamnation de la société et la peur de sa propre famille pour obtenir justice.

Francesca (Ornella Muti) est une jeune adolescente de 15 ans, issue d’une famille pauvre, qui attire l’attention d’un jeune mafieux Vito (Alessio Orano) qui profite de l’emprisonnement du chef de son clan pour renforcer sa position. Beau gosse, violent et arrogant, le jeune homme ne doute pas une seconde que Francesca tombera sous son charme et acceptera une demande en mariage. Une chance inestimable pour elle et sa famille. Mais quand, impatient, il tente de lui forcer la main, il commet sa plus grosse erreur. Car Fransesca, si elle tombe amoureuse de Vito, n’est pas pour autant la proie facile et soumise qu’avait imaginé Vito.

Portait d’une Sicile où la mafia toute puissante profite de la pauvreté ambiante et du poids des traditions pour imposer sa loi, « La moglie più bella » imagine avec audace une révolte inattendue qui viendrait justement de la catégorie a priori la plus fragile de la société sicilienne.

Evidemment la révélation du film c’est Ornella Muti qui, pour son premier rôle au cinéma à 15 ans, porte le film avec une maturité tout à fait remarquable, et rend crédible son personnage pourtant atypique entre fragilité adolescente et femme de caractère. Les scénaristes ne simplifient néanmoins pas le personnage qui, jusqu’au bout, est tiraillée jusqu’au bout entre son honneur, sa loyauté due envers sa famille et l’amour adolescent et total qu’elle éprouve pour Vito, malgré la cruauté de celui-ci.

Damiano Damiani (1922-2013), scénariste et réalisateur à la carrière bien remplie est l’un de ces artisans du cinéma italien dont la reconnaissance est tardive. Pourtant sa filmographie ne manque pas de bons films dans des genres très différents et parfois avec un ton politique très marqué. On avait déjà remarqué notamment l’excellent « western Zapata » anarchiste sur la révolution mexicaine « Quien Sabe? » (édité en France chez Carlotta sous le titre « El Chuncho »).

Dans les années 70, il réalisera plusieurs polars politiques (réunis en 2023 par Artus Films dans le coffret « La trilogie de Damiano Damiani ». Et ses films mafieux comme « Il Giorno dela Civetta » (1968) et ce « La moglie più bella » en sont des prémices fort réussis, preuve qu’on peut faire du divertissement (au sens large) de qualité sans pour autant mettre de l’eau dans son vin.

« La moglie più bella » est ressorti dans les salles françaises durant l’été 2023 grâce à Carlotta Films dans son cycle « Redécouvertes est raretés du cinéma italien ».