Le visage ordinaire du racisme extrême. Un film choc réalisé par Samuel Fuller, adapté du roman semi-autobiographique de Romain Gary

White Dog (1982)

(Dressé pour tuer)

Réalisé par Samuel Fuller

Ecrit par Samuel Fuller & Curtis Hanson d’après le roman de Romain Gary

Avec Kristy McNichol, Paul Winfield, Burl Ives,Jameson Parker,…

Direction de la photographie : Bruce Surtees / Production design : Brian Eatwell / Montage : Bernard Gribble / Musique : Ennio Morricone

Produit par Jon Davison

Drame / Horreur

USA

Je ne pleure pas souvent pendant ou après avoir regardé un film. En fait, la dernière fois dont je me souvienne remonte à 2020, lors d’une projection spéciale et rare de « German Concentration Camp Factual Survey« , un documentaire britannique commencé juste après la libération des camps de concentration et compilé à partir d’images insoutenables tournées par des cameramen des armées britannique, américaine et russe. Il n’a été achevé qu’en 2014, car le ministère britannique de l’Information, qui souhaitait initialement montrer le documentaire aux prisonniers allemands, a décidé dès 1945 que la priorité était de reconstruire l’Allemagne plutôt que de culpabiliser les Allemands au sujet des camps de concentration.

Le film qui m’a fait pleurer hier est apparemment très différent. Il s’agit d’un drame hollywoodien réalisé par Sam Fuller qui emprunte des éléments au genre de l’horreur, sorti en 1982 et basé sur un roman français semi-autobiographique de 1970 (Chien Blanc) relatant l’expérience de Romain Gary dans l’Amérique au bord de l’implosion après l’assassinat de Martin Luther King.

« White Dog » (le film) est une adaptation libre centrée sur un berger allemand blanc (dans le livre il s’agit d’un berger allemand classique ») recueilli par Julie (Kristy McNichol) une jeune actrice qui l’a percuté en voiture. À sa grande stupeur, elle découvre que ce chien amical, un peu possessif mais qui l’a sauvée d’un violeur, a été dressé pour attaquer à vue et tuer les personnes noires. Bien décidée à rééduquer son chien, Julie tombe sur un Keys (Paul Winfield), un dresseur dresseur noir d’animaux qui a toujours rêver de réussir à reprogrammer un chien blanc… même si c’est au risque de sa vie et de celle des autres.

J’ai beaucoup lu sur l’histoire des Afro-Américains, et l’utilisation de chiens spécialement dressés pour attaquer les Noirs depuis l’époque de l’esclavage est bien documentée. Mais « White Dog » reste un film difficile à regarder, et il est encore plus dur à supporter lorsque l’on rencontre le dresseur et propriétaire d’origine du chien : un grand-père tranquille et  qui vient récupérer l’animal avec ses deux petites-filles et une boîte de chocolats. Comment un mal aussi profond est-il possible chez une personne d’apparence aussi normale, banale ?

Mais oui, c’est bien là le fil conducteur entre les deux films. Le mal pur est une réalité à laquelle on ne peut échapper et qui est toujours prête à surgir.

Ce n’est peut-être pas un hasard si Samuel Fuller, le réalisateur de « White Dog », faisait partie de ces cameramen qui ont été témoins et ont filmé l’insoutenable réalité des camps de concentration allemands en 1944 et dont les images se sont peut-êtres retrouvées dans « German Concentration Camp Factual Survey ».

Contrairement aux néo-fascistes comme Elon Musk, je pense que l’empathie est le principal trait rédempteur de l’humanité.

Une adaptation apparemment plus fidèle du roman de Gary a été réalisée au Canada en 2022. Je vais attendre un peu avant de la regarder.

« White Dog » est disponible en blu-ray dans la collection The Masters of Cinema (Eureka Video) avec des sous-titres anglais. Il est également disponible en France en combo blu-ray/DVD grâce à ESC – sous le titre français : « Dressé pour tuer ».