Si « Orca » est un film opportuniste conçu pour profiter de l’engouement pour « Jaws », le résultat est foutraque et improbable mais non dénué d’un inexplicable charme

Orca (1977)

Réalisé par Michael Anderson

Ecrit par Sergio Donati et Luciano Vincenzoni

Avec Richard Harris, Charlotte Rampling, Will Sampson, Bo Derek,…

Direction de la photographie : Ted Moore / Production designer : Mario Garbuglia / Montage : John Bloom, Marion Rothman & Ralph E. Winters / Musique : Ennio Morricone

Produit par Luciano Vincenzoni

Drame / Thriller / horreur

Italie / UK ? / USA ? / NL ?

Après le triomphe de « Jaws » (Les dents de la mer, 1975), il était normal de voir apparaitre rapidement des tentatives de surfer sur la vague de la part de producteurs opportunistes. C’est ainsi que Dino de Laurentiis, grande figure du cinéma des années 70 et 80, confia à l’un de ses collaborateurs réguliers, le scénariste Luciano Vincenzoni la lourde tâche de faire mieux et rapidement !

Le résultat est un film hautement improbable qui finalement n’a pas grand chose à voir avec le film de Spielberg. Vincenzoni aurait eu l’idée de l’orque grâce à son frère qui contrairement à lui s’intéressait aux animaux. Et en soit c’est plutôt une bonne idée même si cet animal carnassier est surtout connu du commun des mortels comme attraction dans les parcs aquatiques (le film a d’ailleurs été partiellement tourné dans un parc californien… ainsi qu’au Canada et à Malte).

Symboliquement l’orque entre en scène en massacrant un requin blanc devant le capitaine Nolan (Richard Harris) qui pensait capturer ce dernier pour un aquarium. Exit le requin, voici la vraie terreur des mers ! Impressionné, le capitaine Nolan décide de tenter d’en attraper un mais se faisant massacrera une femelle enceinte dont le compagnon va désormais poursuivre Nolan. Un revenge movie aquatique dix ans avant « Jaws: The Revenge » !

Capitaine bourru qui fait un peu penser à Quint (Robert Shaw) dans « Jaws », Nolan s’attire la sympathie d’une spécialiste des orques, Rachel Bedford (Charlotte Rampling) qui succombe étonnamment à son charme.

Si Sergio Donati et Luciano Vincenzoni sont des scénaristes aguerris et tous les deux passés par la case Sergio Leone, on voit bien qu’ici trop c’est trop. Le scénario tourné ressemble à un premier jet approximatif avec des dialogues placés là en attendant une inévitable réécriture. La voix off de Charlotte Rampling tente de bien de remplir les trous mais sans succès.

Différence essentielle avec « Jaws », ici on prête à l’animal un comportement proche de l’humain (anthropomorphisme). Et bien que Nolan mette du temps à être sensible aux arguments de Rachel, il finira par avoir de l’empathie pour la créature qui le chasse et avec laquelle il partage…. un traumatisme. Quant à Rachel, elle finira par culpabiliser d’avoir mis de telles idées dans la tête de Nolan !

La réalisation du vétéran Michael Anderson (à qui on doit entre autres le mythique « Guns of Navarone ») est elle-même morcelée, flirtant parfois avec le documentaire animalier (les longs plans d’orques semblant faire des numéros), le film d’horreur (la scène où le fétus tombe sur le pont et quelques attaques sanglantes) et le thriller (trop peu). Des plans ratés semblent avoir survécu à la salle de montage par nécessité et accentuent la sensation de collage disparate à la limite de l’absurde. Mais c’est aussi ce qui en fait son charme. On se surprend finalement a apprécié ce « Orca », sans être tout à fait sûr qu’il le mérite !